Les pêcheurs de perles (Lovci perel)

Georges Bizet

Premiéra tříaktové opery Lovci perel se konala 30.9.1863 v Théâtre-Lyrique v Paříži a byla svátkem romantiky.

Osoby a obsazení premiéry:
Nadir,lesní lovec: François Morini (tenor)
Zurga,vůdce lovců perel: Jean-Vital Ismaël (baryton)
Nurabad,velekněz: M. Guyat (bas)
Lejla, kněžka: Léontine de Maësen (soprán)
Lovci perel, kněží, fakíři
Děj se odehrává na Cejlonu.

S přibývajícím potěšením z cestování, které uchvacuje obyvatele velkých evropských koloniálních mocností, ukazuje se i na operních jevištích 19. Století tendence ke „koloniálním“ operám. Ty přichází ke slovu ve Francii třeba v případě Giacoma Meyerbeera a jeho Afričanky nebo Lea Delibesa a jeho Lakmé. Též mladý Bizet po návratu z Itálie, kde po získání Římské ceny intenzivně studoval hudbu, tomuto vývoji podléhá, na text spolehlivých autorů Eugène Cormona a Michela Carré píše lyrickou tragédii Lovci perel.
 
 
Bizetova hudba oplývá barevností, v zářivé instrumentaci znázorňuje exotický kolorit a povznáší se v melodické nápaditosti ke kantilénám veliké krásy a estetiky. Monolog barytonisty „Ach, Nadir propadl smrti“ láme uzavřenou formu árie, aniž ukazuje vliv Wagnera. Parádním číslem jsou tenorové árie „Slyším z povzdálí“, která žádá na pěvci maximum, především ale velký duet „V pozadí chrámu tam“, což je jeden z nejvýsostnějších nápadů romantického operního umění vůbec. Vedle toho je kavatina „Jak kdysi při nočních hvězd třpytu“ z rodu typických francouzských sopránových árií.


1. dějství: Na břehu tančí a zpívají lovci perel, než se vydají na lov. Je s nimi i jejich vůdce Zurga, který hned na to vítá svého dávného přítele Nadira. Kdysi byli soky, oba milovali neznámou indickou kněžku. Dnes si slibují, že zapomenou na ten sen a budou přáteli jako dříve. Právě však přistává člun s kněžkou Lejlou, která podle dávného zvyku, nikým neviděna a neoslovena vysoko na skále má bdít nad úspěchem lovu. Kněžka přísahá, že bez chotě, bez milence a přítele se tu bude zpěvem modlit. Kdyby nesplnila přísahu, propadla by trestu smrti. Nadir je otřesen. Poznal hlas, který kdysi zaslechl z úst dívky, kterou miloval.
2. dějství: Velekněz Nurabad odvádí Lejlu na její skálu a připomíná jí její přísahu. Lejla se neobavá, že zradí a vypravuje, že již jako dítě dovedla statečností zachránit život neznámému lovci. Sotva osamí, přiblíží se však, hnán svou touhou Nadir a oba se odevzdají své lásce. Jsou však překvapeni veleknězem a odsouzeni k smrti.
3. dějství: Zurga souhlasil s rozsudkem nad Nadirem, ale nyní lituje své krutosti k příteli. Když však slyší, jak Lejla úpěnlivě prosí za život Nadirův a bere všechnu vinu na sebe, je jat žárlivostí a trvá na vykonání rozsudku. Lejla prosí o jednu milost. Aby Zurga po její smrti odevzdal její zlatý šperk její matce. Tu Zurga poznává, že Lejla je ona dívka, která mu kdysi před lety zachránila život a rozhodne se, že dívku i Nadira zachrání. Zapálí domy vesničanů a ve zmatku kolem ohně pomůže milencům uprchnout. Nurabad však vyslechl Zurgovo domlouvání s milenci, prozradil jeho čin a tak musí Zurga podstoupit trest určený Nadirovi a Lejle. Vstupuje pevně na hranici jako oběť vděčnosti a přátelství.

Libreto


ACTE I



Une plage aride et sauvage de l'île de Ceylan, quelques huttes en bambous; palmiers; au loin, ruines d'une ancienne pagode indoue et la mer éclairée par un soleil ardent. Des pêcheurs achèvent de dresser leurs tentes pendant que des autres dansent et boivent aux sons des instruments indous.


CHŒUR

Sur la grève en feu

Où dort le flot bleu,

Nous dressons nos tentes!

Dansez jusqu'au soir,

Filles à l'œil noir,

Aux tresses flottantes!

Chassez, chassez par vos chants,

Chassez, chassez les esprits méchants!


Voilà notre domaine!

C'est ici que le sort

Tous les ans nous ramène,

Prêts à braver la mort!

Sous la vague profonde,

Plongeurs audacieux

À nous la perle blonde

Cachée a tous les yeux!


Sur la grève en feu, etc


ZURGA

Amis, interrompez vos danses et vos jeux!

Il est temps de choisir un chef qui nous commande,

Qui nous protège et nous défende,

Un chef aimé de tous, vigilant, courageux!


CHŒUR

Celui que nous voulons pour maître

Et que nous choisissons pour roi

Ami Zurga, ami Zurga, c'est toi!


ZURGA

Qui, moi?


CHŒUR

Oui, oui, sous notre chef!

Nous acceptons ta loi.

Ami, ami, sois notre chef!

Nous acceptons ta loi.


ZURGA

Vous me jurez obéissance?


CHŒUR

Sois notre chef!


ZURGA

À moi seul la toute puissance?


CHŒUR

Sois notre roi!


ZURGA

Eh bien! c'est dit! c'est dit!


CHŒUR

Sois notre chef

À toi seul la toute puissance,

Sois notre chef et notre roi!


ZURGA

C'est dit! c'est dit!


(Nadir paraît au fond et descend parmi les rochers.)


CHŒUR

Mais qui vient là?


ZURGA (allant au devant de Nadir)

Nadir! Nadir! ami de ma jeunesse

Est-ce bien toi que je revois?


CHŒUR

C'est Nadir, le coureur des bois!


NADIR

Oui, Nadir, votre ami d'autrefois!

Parmi vous compagnons que mon bon temps renaisse!

Des savanes et des forêts

Où les traqueurs tedant rêts,

Des savanes et des forêts

J'ai sondé l'ombre et le mystère!

J'ai suivi le poignard aux dents,

Le tigre fauve aux yeux ardents,

Et le jaguar et la panthère!

Ce que j'ai fait hier, mes amis,

Vous le feriez demain!

Oui, vous le feriez demain!

Compagnons, donnons-nous la main!


CHŒUR

Amis, amis, donnons-lui la main!


ZURGA

Demeure parmi nous, Nadir,

Et sois des nôtres!


NADIR

Oui! mes vœux désormais

Mes plaisirs sont les vôtres!


ZURGA

Eh bien! prends part à nos jeux!

Ami, bois avec moi, danse et chante avec eux!

Avant que la pêche commence,

Saluons le soleil, l'air et la mer immense!


CHŒUR

Sur la grève en feu, etc


(Les pêcheurs dansent, puis se dispersent. Zurga et Nadir restent seuls.)


ZURGA

C'est toi, toi qu'enfin je revois!

Après de si longs jours, après de si longs mois

Où nous avons vécu séparés l'un de l'autre,

Brahma nous réunit! quelle joie est la nôtre!

Mais parle, es-tu resté fidèle à ton serment?

Est-ce un ami que je revois ou bien un traître?


NADIR

De mon amour profond, j'ai su me rendre maître!


ZURGA

Oublions le passé, fêtons ce doux moment!

Soyons frères, restons amis toute la vie!

Mon cœur a banni sa folie!


NADIR

Oui, le calme est venu pour toi,

Mais l'oubli ne viendra jamais!


ZURGA

Que dis-tu?


NADIR

Zurga, quand tous deux nous toucherons à l'âge

Où les rêves des jours passés

De notre âme sont effacés,

Tu te rappelleras notre dernier voyage;

Et notre halte aux portes de Candi.


ZURGA

C'était le soir!

Dans l'air par la brise attiédi,

Les brahmines au front inondé de lumière,

Appelaient lentement la foule à la prière!


NADIR

Au fond du temple saint

Paré de fleurs et d'or,

Une femme apparaît!

Je crois la voir encore!


ZURGA

Une femme apparaît!

Je crois la voir encore!


NADIR

La foule prosternée

La regarde, etonnée,

Et murmure tous bas:

Voyez, c'est la déesse!

Qui dans l'ombre se dresse

Et vers nous tend les bras!


ZURGA

Son voile se soulève!

Ô vision! ô rêve!

La foule est à genoux!


NADIR ET ZURGA

Oui, c'est elle!

C'est la déesse plus charmante et plus belle!

Oui, c'est elle!

C'est la déesse qui descend parmi nous!

Son voile se soulève et la foule est à genoux!


NADIR

Mais à travers la foule

Elle s'ouvre un passage!


ZURGA

Son long voile déjà

Nous cache son visage!


NADIR

Mon regard, hélas!

La cherche en vain!


ZURGA

Elle fuit!


NADIR

Elle fuit!

Mais dans mon âme soudain

Quelle étrange ardeur s'allume!


ZURGA

Quel feu nouveau me consume!


NADIR

Ta main repousse ma main!


ZURGA

Ta main repousse ma main!


NADIR

De nos cœurs l'amour s'empare

Et nous change en ennemis!


ZURGA

Non, que rien ne nous sépare!


NADIR

Non, rien!


ZURGA ET NADIR

Jurons de rester amis!

Oh oui, jurons de rester amis!

Oui, c'est elle! C'est la déesse!

En ce jour qui vient nous unir,

Et fidèle à ma promesse,

Comme un frère je veux te chérir!

C'est elle, c'est la déesse

Qui vient en ce jour nous unir!

Oui, partageons le même sort,

Soyons unis jusqu'à la mort!


ZURGA

Que vois-je?

Un pirogue aborde près d'ici!

Je l'attendais!

O dieu Brahma! merci!


NADIR

Qui donc attendais-tu?


ZURGA

Une femme inconnue

Et belle autant que sage,

Que les plus vieux de nous,

Selon le vieil usage,

Loin d'ici, chaque année,

Ont soin d'aller chercher!

Un long voile à nos yeux

Dérobe son visage;

Et nul ne doit la voir,

Nul ne doit l'approcher!

Mais pendant nos travaux,

Debout sur ce rocher,

Elle prie, et son chant

Qui plane sur nos têtes

Écarte les esprits méchants

Et nous protége!

Elle approche! ami,

Fête avec nous son arrivée!


(Léïla, le front couvert d'un voile, paraît suivie de Nourabad. Nadir seul, plongé dans une rêverie profonde, n'aperçoit pas Léïla.)


CHŒUR

C'est elle, c'est elle, elle vient!

On l'amème ici! La voici!

(entourant Léïla et lui offrant les fleurs)

Sois la bienvenue,

Amie inconnue,

Daigne accepter nos présents!

Chante, et que l'orage

Apaise sa rage,

Amie à tes doux accents!


Que la troupe immonde

Des esprits de l'onde

S'envole à ta voix!


Ah! viens chasser par tes chants

Les esprits de l'onde,

Des prés et des bois.


Amie inconnue

Ici reçois nos présents

Sois la bienvenue.


Protége-nous!

Veille sur nous!


ZURGA (s'avançant vers Léïla)

Seule au milieu de nous

Vierge pure et sans tache

promets-tu de garder

Le voile qui te cache?


LÉÏLA

Je le jure!


ZURGA

Promets-tu de rester fidèle à ton serment?

De prier nuit et jour au bord du gouffre sombre?


LÉÏLA

Je le jure!


ZURGA

D'écarter par tes chants

Les noirs esprits de l'ombre

De vivre sans ami, sans époux, sans amant?


LÉÏLA

Je le jure!


ZURGA

Si tu restes fidèle et soumise à ma loi,

Nous garderons pour toi la perle la plus belle,

Et l'humble fille alors sera digne d'un roi!

(avec menace)

Mais si tu nous trahis, si ton âme succombe

Aux pièges maudits de l'amour,

Malheur à toi!


CHŒUR

Malheur à toi!


ZURGA

C'est ton dernier jour!


CHŒUR

Malheur à toi!


ZURGA

Pour toi s'ouvre la tombe!


CHŒUR

Malheur à toi!


ZURGA

La mort t'attend!


CHŒUR

Oui!


NADIR (se levant et s'avançant vers Léïla)

Ah! funeste sort!


LÉÏLA (à part)

Ah! c'est lui!


ZURGA (saisissant la main de Léïla)

Qu'as-tu donc? Ta main frissonne et tremble,

D'un noir presentiment ton cœur est agité!

Eh bien, fuis ce rivage où le sort nous rassemble

Reprends ta liberté!


CHŒUR

Parle! réponds!


LÉÏLA (les yeux tournés vers Nadir)

Je reste!

Je reste ici quand j'y devrais mourir!

Que mon sort glorieux ou funeste s'accomplisse!

Je reste, mes amis, ma vie est à vous.


ZURGA

C'est bien à tous les yeux tu resteras voilée.

Tu chanteras pour nous sous la nuit étoilée,

Tu l'as promis!


LÉÏLA

Je l'ai juré!


ZURGA

Tu l'as juré!


NADIR

Tu l'as juré!


CHŒUR

Brahma, divin Brahma, que ta main nous protége!

Des esprits de la nuit, viens écarter le piège!

O Dieu Brahma, nous sommes tous à tes genoux!

O Brahma, divin Brahma, que ta main nous protége!


(Sur un ordre de Zurga, Léïla gravit le sentier qui conduit au temple, suivie de Nourabad; ils disparaissent bientôt dans les profondeurs du temple; les hommes descendent sur le rivage; Zurga se rapproche de Nadir qui n'a cessé de suivre du regard de Léïla qui, une seule fois, s'est retournée vers lui, lui tend la main et s'éloigne avec un dernier groupe de pêcheurs. Le jour baisse peu à peu.)


NADIR (seul)

À cette voix quel trouble agitait tout mon être?

Quel fol espoir? Comment ai-je cru reconnaître?

Hélas! devant mes yeux déjà, pauvre insensé,

La même vision tant de fois a passé!

Non, non, c'est le remords, la fièvre, la délire!

Zurga doit tout savoir, j'aurais tout lui dire!

Parjure à mon serment, j'ai voulu la revoir!

J'ai decouvert sa trace, et j'ai suivi ses pas!

Et caché dans la nuit et soupirant tout bas,

J'écoutais ses doux chants emportés dans l'espace.


Je crois entendre encore,

Caché sous les palmiers,

Sa voix tendre et sonore

Comme un chant de ramier!

O nuit enchanteresse!

Divin ravissement!

O souvenir charmant!

Folle ivresse! doux rêve!


Aux clartés des étoiles,

Je crois encore la voir,

Entr'ouvrir ses longs voiles

Aux vents tièdes du soir!

O nuit enchanteresse! etc

Charmant souvenir!

(Il s'entend sur une natte et s'endort.)


CHŒUR (dans la coulisse)

Le ciel est bleu!

La mer est immobile et claire!

Le ciel est bleu!


(Léïla, amenée par Nourabad, paraît sur le rocher qui domine la mer.)


NOURABAD

Toi, reste là, debout sur ce roc solitaire!

(Les fakirs s'accropissent aux pieds de Léïla, et s'allument un bûcher de branches et d'herbes sèches dont Nourabad attise la flamme, après avoir tracé du bout de sa baguette un cercle magique dans l'air.)

Aux lueurs du brasier en feu,

Aux vapeurs de l'encense qui monte jusqu'à Dieu,

Chante, chante, nous t'écoutons!


NADIR (à demi endormi)

Adieu, doux rêve! Adieu!


LÉÏLA (debout sur la roche)

O Dieu Brahma!

O maître souverain du monde!


CHŒUR (dans la coulisse)

O Dieu Brahma!


LÉÏLA

Blanche Siva!

Reine à la chevelure blonde!


CHŒUR

Blanche Siva!


LÉÏLA

Esprits de l'air, esprits de l'onde . . .


NADIR (se réveillant)

Ciel! . . .


LÉÏLA

. . . Des rochers, des prés, des bois! . . .


NADIR

. . . Encore cette voix!


LÉÏLA

. . . Écoutez ma voix!


CHŒUR

Esprits de l'air,

Esprits de l'onde,

Esprits des boix!


LÉÏLA

Dans le ciel sans voile,

Parsemé d'étoiles,

Au sein de la nuit

Trasparent et pur,

Comme dans un rêve,

Penché sur la grève,

Mon regard, oui, mon regard vous suit

À travers la nuit!

Ma voix vous implore,

Mon cœur vous adore,

Mon chant léger,

Comme un oiseau semble voltiger!


CHŒUR

Ah! chante, chante encore!

Oui, que ta voix sonore,

Ah! que ton chant léger,

Loin de nous, chasse tout danger!


LÉÏLA

Ah!


NADIR

(Il s'est glissé jusqu'au pied du rocher.)

Léïla! Léïla!

(Léïla se penche vers lui et écarte son voile un instant.)

Ne redoute plus rien! Me voici! Je suis là!

Prêt à donner mes jours, mon sang pour te défendre!


CHŒUR

Ah! chante, chante, encore! etc


LÉÏLA

Pour toi, pour toi que j'adore,

Ah! je chante encore!

Je chante pour toi que j'adore!

Il est là! Il m'écoute! Ah!


NADIR

Ah! Chante, chante encore!

O toi que j'adore,

Ne crains nul dnager!

Je viens pour te protéger!

Ne crains rien, je suis là!

Léïla, ne crains rien!

Léïla, je suis là!





ACTE II



(Les ruines d'un temple indien; au fond, une terrasse élevée dominant la mer. Le ciel est étoilé.)


CHŒUR (dans la coulisse)

L'ombre descend des cieux;

La nuit ouvre ses voiles,

Et les blanches étoiles

Se baignent dans l'azur

Des flots silencieux!


NOURABAD (il s'avance vers Léïla)

Les barques ont gagné la grève;

Pour cette nuit, Léïla, notre tâche s'achève.

Ici tu peux dormir.


LÉÏLA

Allez-vous donc, hélas! me laisser seule?


NOURABAD

Oui; mes ne tremble pas,

Sois sans crainte.

Par là des rocs inaccessibles

Défendus par les flots grondants;

De ce côté, le camp; et là, gardiens terribles,

Le fusil sur l'épaule et le poignard aux dents,

Nos amis veilleront!


LÉÏLA

Que Brahma me protége!


NOURABAD

Si ton cœur reste pur,

Si tu tiens ton serment,

Dors en paix sous ma garde

Et ne crains aucun piège!


LÉÏLA

En face de la mort,

J'ai su rester fidèle a serment

Qu'une fois j'avais fait.


NOURABAD

Toi? Comment?


LÉÏLA

J'étais encore enfant un soir, je me rappelle,

Un homme, un fugitif, implorant mon secours,

Vint chercher un refuge en notre humble chaumière;

Et je promis, le cœur ému par sa prière,

De le cacher à tous de protéger ses jours.

Bientôt une horde farouche accourt,

La menace à la bouche,

On m'entoure! Un poignard sur mon front est levé,

Je me tais, le nuit vient, il fuit, il est sauvé!

Mais, avant de gagner la savane lointaine:

"O courageuse enfant,"dit-il, "va prends cette chaîne

Et garde-la toujours en souvenir de moi!"

Moi, moi, je me souviendrai!

J'avais sauvé sa vie et tenu ma promesse!


NOURABAD

C'est bien!

Songes-y, tous nos maux

Zurga peut te demander compte

Songes-y, songe à Dieu!

(Il sort avec les fakirs.)


CHŒUR (dans la coulisse)

L'ombre descend des cieux, etc


LÉÏLA

Me voilà seule dans la nuit,

Seule en ce lieu désert où regne le silence!

(Elle regarde autour d'elle avec crainte.)

Je frissonne, j'ai peur! et le sommeil me fuit!

(regardant du côté de la terrase)

Mais il est là! Mon cœur devine sa présence!


Comme autrefois dans la nuit sombre,

Caché sous le feuillage épais,

Il veille près de moi dans l'ombre,

Je puis dormir, rêver en paix!


Il veille près de moi,

Comme autrefois, comme autrefois

C'est lui! mes yeux l'ont reconnu!

C'est lui! mon âme est rassurée!

O bonheur! Il est venu,

Il est là près de moi, ah!


Comme autrefois dans la nuit sombre, etc


(Le son d'une guzla se fait entendre.)


NADIR (dans le coulisse, de très loin)

De mon amie,

Fleur endormie

Au fond du lac silencieux,

J'ai vu dans l'onde

Claire et profonde

Et inceler le front joyeux

Et les doux yeux!

(La voix se rapproche.)

Ma bien-aimée est enfermée . . .


LÉÏLA

Dieu!


NADIR

. . . Dans un palais d'or et d'azur; . . .


LÉÏLA

La voix se rapproche!


NADIR

. . . Je l'entends rire,

Et je vois luire . . .


LÉÏLA

Un doux charme m'attire!


NADIR

. . . Sur le cristal du gouffre obscur . . .


LÉÏLA

Ciel!


NADIR

. . . Son regard pur!


LÉÏLA

Ah! c'est lui!


(Nadir paraît sur la terrasse; il descend parmi les ruines.)


NADIR

Léïla! Léïla!


LÉÏLA

Dieu puissant, le voilà!


NADIR

Près d'elle, me voilà!


LÉÏLA

Par cet étroit sentier

Qui borde un sombre abîme,

Comment es-tu venu?


NADIR

Un Dieu guidait mes pas,

Un tendre espoir m'anime!

Rien, non rien ne m'a retenu!


LÉÏLA

Que viens-tu faire ici?

Fuis, la mort te menace!


NADIR

Apaise ton effroi, pardonne!


LÉÏLA

J'ai juré!

Je ne dois pas te voir!


NADIR

Ah! fais-moi grâce.


LÉÏLA

Le mort est sur tes pas!


NADIR

Ne me repousse pas!


LÉÏLA

Ah! va-t'en!


NADIR

Ah! le jour est loin encore

Nul ne peut nous surprendre,

Ah! Léïla, souris à mon espoir!


LÉÏLA

Non, séparons-nous!


NADIR

Ah! pourquoi repousser . . .


LÉÏLA

Il en est temps encore . . .


NADIR

. . . Un ami qui t'implore!


LÉÏLA

. . . Ah! va-t'en!


NADIR

Léïla! Léïla!


LÉÏLA

Ah! la mort est sur tes pas.

Ah! par pitié, éloigne-toi!


NADIR

Hélas!


Ton cœur n'a pas compris le mien!

Au sein de la nuit parfumée,

Quand j'écoutais l'âme charmée,

Les accents de ta voix aimée,

Ton cœur n'a pas compris le mien!


LÉÏLA

Ainsi que toi je me souviens!

Au sein de la nuit parfumée,

Mon âme alors libre et charmée,

À l'amour n'était pas fermée!

Ainsi que toi je me souviens!


NADIR

J'avais promis d'éviter ta présence,

Et de me taire à tout jamais;

Mais de l'amour, hélas! ô fatale puissance!

Pouvais-je fuir les beaux yeux que j'aimais?


LÉÏLA

Malgré la nuit, malgré ton long silence,

Mon cœur charmé avait lu dans ton cœur!

Je t'attendais, j'ésperais ta présence!

Ta douce voix m'apportait le bonheur!


NADIR

Est-il vrai? que dis-tu?

Doux aveu, ô bonheur!

Oui! Ton cœur n'a pas compris le mien!

Au sein de la nuit parfumée, etc


LÉÏLA

Ah! Ainsi que toi je me souviens! etc


ENSEMBLE

Ô doux moment!


LÉÏLA (se degageant de ses bras)

Ah! revenez à la raison!

Partez! Partez vite! Je tremble!


NADIR

Que l'amour chaque soir

Dans l'ombre nous rassemble!


LÉÏLA

Oui, oui! demain je t'attendrai!


NADIR

Oui, demain je te rêverrai!


(Ils se séparent. Coup de feu. Léïla pousse en cri et tombe à genoux.)


NOURABAD

Malheur sur eux! malheur sur nous!

Accourez! venez tous!


(Il se met à la poursuite de Nadir.)


CHŒUR

Quelle voix nous appelle?

Quel présage de mort nous attend en ces lieux?

(L'orage éclate dans toute sa furie.)

O nuit d'épouvante!

La mer écumante

Soulève en grondant

Ses flots furieux!


SOPRANOS

Pâle et frémissante,

Muette et tremblante,

D'où vient sa terreur?

D'où vient son effroi?

Nuit d'épouvante

La mer écumante,

O nuit d'effroi,

Nuit d'épouvante!

Nuit d'horreur,

Nuit d'effroi!


CONTRALTOS, TÉNORS ET BASSES

O nuit d'horreur,

Mon cœur d'effroi palpite!

O nuit d'horreur,

Brahma, pitié, pitié!

O nuit d'épouvante,

La mer écumante

Soulève en grondant

Ses flots furieux,

Oui, nuit d'horreur,

Nuit d'horreur,

Nuit d'effroi!


NOURABAD

(Il reparaît suivi des fakirs armés de torches.)

Dans cet asile sacré, dans ces lieux redoutables,

Un homme, un étranger, profitant de la nuit,

À pas furtifs . . .


CHŒUR

Que dit-il?


NOURABAD

. . . s'est introduit . . .


CHŒUR

Est-il vrai?


NOURABAD (montrant Nadir qu'on amène au fond)

. . . Le voici! Voici les deux coupables!


CHŒUR

Voici les deux coupables!

Ah! Nadir! O trahison!

Nadir! O trahison!

(Ils menacent Nadir et Léïla de leurs poignards.)

Pour eux point de grâce! Non!

Ni pitié! Ni merci! Non!

La mort! La mort!

Pour eux point de grâce!


LÉÏLA

O sombre menace!


NADIR

Leur demander grâce!


NOURABAD

Ni pitié, ni grâce!


CHŒUR

Pour eux point de grâce!


LÉÏLA

O funeste sort!

O sombre manace!

Hélas, funeste sort!

Tout mon sang se glace!

Pour nous c'est la mort!

Hélas! Je tremble! O ciel!

La mort nous menace!

Funeste sort!

O sombre menace!

Brahma, protége-nous!

Je meurs d'effroi!


NADIR

Non, plutôt la mort!

Leur demander grâce?

Leur folle menace

Fait mon bras plus fort!

Ne crains rien,

Mon bras te protége!

Je saurai braver leurs coups!

Venez, je vous brave,

Oui, je brave les cieux!

Je ris de leur courroux!

Je braverai votre fureur!

Venez, je vous attends!


CHŒUR

Pour tous deux la mort!

Malgré sa menace!

Qu'ils aient le même sort!

Esprits des ténèbres,

Prêts à nous punir,

Vos gouffres funèbres

Pour eux vont s'ouvrir!

Ni pitié, ni merci!

Pour eux la mort!

Oui, punissons leurs forfaits!


(On va pour les frapper, Nadir se jette devant Léïla pour la protéger.)


ZURGA

Arrêtez! arrêtez!

C'est à moi d'ordonner de leur sort.


CHŒUR

La mort! pour eux la mort!


ZURGA

Vous m'avez donné la puissance,

Vous me devez obéissance.

Comapgnons, j'ai votre serment,

Obéissez, je le veux!


CHŒUR

Qu'ils partent donc! Nous faisons grâce au traître!

Zurga le veut, Zurga commande en maître!


ZURGA

Partez, partez!


NOURABAD (arrachant le voile de Léïla)

Avant de fuir à tous fais toi connaître!


ZURGA (reconnaissant Léïla)

Ah! qu'ai-je vu? C'était elle! o fureur!

Vengez-vous! vengez-moi!

Malheur! malheur sur eux!


CHŒUR

Pour eux point de grâce!


LÉÏLA

O sombre manace!

O funeste sort!

Brahma, protége-nous!

Je meurs d'effroi!


NADIR

Leur demander grâce?

Non, plutôt la mort!

Oui, je braverai les cieux!

Je ris de leur courroux!

Je braverai votre courroux!


ZURGA

Ni pitié, ni grâce,

Pour tous deux la mort!

Point de pitié, qu'ils meurent!

Qu'ils tombent sous nos coups!

Pour eux la mort!


CHŒUR

Pour eux point de grâce!

Point de pitié, pour eux la mort!

Oui, punissons leur forfait!

Pour eux la mort!


(L'orage éclate avec fracas.)


NOURABAD

Ah! la foudre en éclats

Va tomber sur nos fronts! Brahma!


CHŒUR

Brahma! divin Brahma! Que ta main nous protége!

Nous jurons de punir leur amour sacrilége!

O dieu Brahma, nous sommes tous à tes genoux!

Brahma! divin Brahma! Que ta main nous protége!


(Sur un geste impérieux de Zurga, on entraîne Nadir; Léïla est emmenée par les prêtres.)




ACTE III


PREMIER TABLEAU



(Une tente indienne fermée par une draperie. Une lampe brûle sur une petite table en jonc.)


ZURGA (il paraît sur le seuil de la tente)

L'orage s'est calmé.

Déjà les vents se taisent!

Comme eux les colères s'apaisent!

(Il laisse tomber la draperie.)

Moi seul j'appelle en vain le calme et le sommeil.

La fièvre me dévore et mon âme opressée

N'a plus qu'une pensée:

Nadir doit expirer au lever du soleil!

(Il tombe accablé sur les coussins.)


O Nadir, tendre ami de mon jeune âge!

O Nadir, lorsqu'à la mort je t'ai livré!

O Nadir, hélas, par quelle aveugle et folle rage

Mon cœur était-il déchiré!

Non, non, c'est impossible!

J'ai fait un songe horrible!

Non, tu n'as pu trahir ta foi!

Et le coupable, hélas! c'est moi!

O remords! o regrets!

Ah! qu'ai-je fait?


O Nadir, tendre ami de mon jeune âge!

O Léïla, radieuse beauté!

Pardonnez à l'aveugle rage!

De grâce pardonnez aux transports d'un cœur irrité!

Malgré moi, le remords m'oppresse!

Nadir, Léïla, hélas! J'ai honte de ma cruauté!

Ah! pardonnez aux transports d'un cœur irrité!


(Il tombe accablé. Léïla paraît. Deux pêcheurs la tiennent et la menacent de leurs poignards.)


Qu'ai-je vu?

O ciel! quel trouble!

Tout mon amour se réveille à sa vue!

Près de moi, qui t'amène?


LÉÏLA

J'ai voulu te parler à toi seul.


ZURGA (aux pêcheurs)

C'est bien! vous sortez!


LÉÏLA (à part)

Je frémis, je chancelle!

De son âme cruelle

Hélas! que vais-je obtenir?

Sous son regard, l'effroi vient me saisir.

De son âme cruelle que vais-je obtenir?


ZURGA

Je frémis devant elle!

Léïla qui est belle!

Oui, plus belle encor, au moment de mourir,

Oui, c'est Dieu qui la conduit ici

Pour me punir!


Ne tremble pas, approche, je t'écoute!


LÉÏLA (elle se jette aux pieds de Zurga)

Zurga, je viens demander grâce.

Par Brahma, par le ciel, par tes mains que j'embrasse,

Épargne un innocent et ne frappe que moi!

Pour moi je ne crains rien, Zurga,

Mais je tremble pour lui!

Ah! sois sensible à ma plainte

Et deviens notre appui.

Il me donne son âme!

Il est tout mon amour!


ZURGA

Tout son amour!


LÉÏLA

Ardente flamme, hélas!

Voici son dernier jour!


ZURGA

Son dernier jour!


LÉÏLA

Ah! pitié Zurga, ah, pitié!

Par ma voix qui supplie,

Ah, laisse-toi fléchir!

Accorde-moi sa vie,

Zurga je t'en conjure,

Accorde-moi sa vie,

Pour m'aider à mourir!


ZURGA

Qu'entends-je?


LÉÏLA

Ah, laisse-toi fléchir!

Accorde-moi sa vie,

Pour m'aider à mourir!


ZURGA

Pour t'aider à mourir!

Ah! Nadir! j'aurais pu lui pardonner peut-être

Et le sauver, car nous étions amis!

Mais tu l'aimes!


LÉÏLA

Grand Dieu!


ZURGA

Tu l'aimes!


LÉÏLA

Je frémis!


ZURGA

Tu l'aimes!

Ce mot seul a ranimé ma haine et ma fureur!


LÉÏLA

Dieu!


ZURGA

En croyant le sauver,

Tu le perds pour jamais!


LÉÏLA

Par grâce, par pitié!


ZURGA

Plus de prière vaine!


LÉÏLA

Par grâce, par pitié!


ZURGA

Je suis jaloux!


LÉÏLA

Jaloux?


ZURGA

Comme lui, Léïla, je t'aimais!


LÉÏLA

Ah! de mon amour pour lui

Tu m'oses faire un crime?


ZURGA

Son crime est d'être aimé

Quand je ne le suis pas!


LÉÏLA

Ah! du moins dans son sang

Ne plonge pas tes bras!


ZURGA

En voulant le sauver,

Tu le perds à jamais!


LÉÏLA

Ah! que de ta fureur,

Seule je sois victime!


ZURGA

Tu l'aimes! il doit périr!


LÉÏLA

Par pitié! par le ciel!

Eh bien! va, venge-toi donc, cruel!

Va, cruel, va!


Va, prends aussi ma vie;

Mais, ta rage assovie,

Le remords, l'infamie,

Te poursuivront toujours!

Que l'arrêt s'accomplissent,

Et qu'un même supplice

Dans les cieux réunisse

À jamais tendre amour.

Va, prends ma vie,

Je te défie,

Oui, l'infamie te poursuivra toujours.

Va barbare, va cruel,

Les remords te poursuivront toujours!

Ah barbare! Ah cruel!


ZURGA

O rage! o fureur!

O tourment affreux!

O jalousie! Tremble!

Ah! crains ma fureur!

Oui, crains ma vengeance!

Que l'arrêt s'accomplisse!

Point de grâce, proint de pitié!

Tu vas périr avec lui!

Pour tous deux, oui, la mort!


LÉÏLA

Zurga, je te maudis,

Je te hais et je l'aime à jamais!


ZURGA

O fureur, o fureur!


(Nourabad reparaît au fond, suivi de quelques pêcheurs. Cris de joie dans l'éloignement.)


NOURABAD

Entends au loin ce bruit de fête!

L'heure est venue!


LÉÏLA

Et la victime est prête!


ZURGA

Allez!


LÉÏLA

Pour moi s'ouvre le ciel!

(à un jeune pêcheur)

Ami, prends ce collier,

Et quand je serai morte,

Qu'à ma mère on le porte!

Va, je prierai Dieu pour toi!


(Zurga s'empare du collier.)


ZURGA

Ce collier . . . Celle qui m'a sauver!

Je ferai mon devoir!


(Nourabad et les pêcheurs entraînent Léïla. Zurga les suit.)




DEUXIÈME TABLEAU



Un site sauvage avec au milieu un bûcher. Des feux éclairent la scène d'une façon sinistre. À droite, un trépied supportant un brûle-parfums.


(Il fait encore nuit. Nadir est assis, gardé par deux pêcheurs. Le vin de palmiers circule dans les coupes. Danses et chants.)


CHŒUR

Dès que le soleil,

Dans le ciel vermeil,

Versera sa flamme,

Nos bras frapperont

Et se plongeront

Dans leur sang infâme!

Ardente liqueur

Verse en notre cœur

Une sainte extasse:

Qu'un sombre transport,

Présage de mort,

Soudain les embrasse.

Brahma! Brahma!


(Léïla paraît conduite par Nourabad, et précédée du grand-prêtre; ses yeux recontrent le regard de Nadir fixé sur elle.)


NOURABAD ET CHŒUR

Sombres divinities,

Zurga les livre à nos bras irrités!


(Une lueur rougeâtre éclaire le fond du théâtre et fait croire aux indiens que le jour va paraître.)


NOURABAD

Le jour enfin perce la nue , . . .


CHŒUR

Oui!


NOURABAD

. . . Le soleil luit, l'heure est venue!


CHŒUR

Oui!


NOURABAD ET CHŒUR

Frappons! Oui!


(Ils lèvent les poignards sur Nadir.)


ZURGA (entrant, effaré et tentant une hâche à la main)

Non! non! ce n'est pas le jour!

Regardez, c'est le feu du ciel

Tombé sur nous des mains de Dieu!

(Les indiends se retournent terrifiés. Zurga descend au milieu d'eux.)

La flamme envahit et dévore votre camp!

Courez tous! il en est temps encore

Pour arracher vos enfants au trépas,

Courez, courez, que Dieu guide vos pas!


(Tous sortent en désordre, à l'exception de Nourabad, qui, seul, a gardé son soupçon. Il feint de s'éloigner et se cache derrière les arbres.)


ZURGA (s'élançant vers Léïla)

Mes mains ont allumé le terrible incendie

Qui menace leurs jours et vous sauve la vie,

(de sa hâche il brise les fers qui retenaient Nadir)

Car je brise vos fers!


NADIR

Dieu!


ZURGA (à Léïla, lui montrant le collier)

Léïla, souviens-toi, tu m'as sauvé jadis!


LÉÏLA

O ciel!


ZURGA

Soyons sauvés par moi!


LÉÏLA ET NADIR

Dieu!


(Nadir et Léïla tombe dans les bras l'un de l'autre. Nourabad qui a tout entendu court prévnir les indiens.)


LÉÏLA ET NADIR

O lumière sainte,

O divine étreinte,

Je suis sans crainte

Car il nous arrache

Enfin au trépas.

Zurga nous délivre

Et nous fait revivre,

Je veux te suivre;

Rien ne me saurait

Ravir à tes bras!

Je veux rester dans tes bras!


ZURGA

O lumière sainte,

O divine étreinte,

Je vais sans plainte

Les sauvant tous deux

Courir au trépas.

O dieux comme ils s'aiment!


(à Léïla et Nadir)

Ce sont eux, les voici!

Fuyez par ce passage!

(à Nadir)

Emporte ton trésor

Loin de ce bord sauvage!


LÉÏLA ET NADIR

Et toi, Zurga?


ZURGA

Dieu seul sait l'avenir!


(Léïla et Nadir partent. Nourabad entre en scène avec quatre chefs indiens pour se saisir de Léïla et Nadir; Zurga les empêche de passer.)


NOURABAD (montant Zurga)

C'est lui, le traître! Il a sauvé leur vie!


LES CHEFS

À mort!


(Zurga s'élance sur sa hâche restée à terre prêt à défendre sa vie, mas un indien le poignarde par derrière. Il tombe. Zurga se traîne du côté où Léïla et Nadir ont fui; comme pour les protéger encore.)


ZURGA

Ah! Adieu!

(Nourabad sort suivi des quatres chefs.)

Léïla, je t'aimais!


LÉÏLA ET NADIR

Plus de crainte, o douce étrainte,

Le bonheur nous attend là-bas!

Sainte ivresse, plus de tristesse!

Oui, le ciel guidera nos pas!

Ah viens! Le bonheur nous attend là-bas!


ZURGA

Ma tâche est achevée,

J'ai tenu mon serment!

Il vit, elle est sauvée!

Rêves d'amour! adieu!


(Léïla et Nadir disparaissent. Zurga retombe.)


FIN

 
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