La Vestale (Vestálka)

Gasparo Spontini

15.12.1807 slaví v pařížské Opeře (Académie Impériale de Musique) velký úspěch premiéra tříaktové velké opery La Vestale (Vestálka).

Osoby a obsazení premiéry:

Julie, Vestálka - Alexandre-Caroline Chevalier Branchu (soprán)
Stará Vestálka - Marie-Thérèse Maillard (mezzosoprán)
Licinius, římský vojevůdce - Étienne Lainez (tenor)
Cinna, velitel legií - François Lays (tenor)
Jupiterův velekněz - Henri-Étienne Dérivis (bas)
kněz haruspik – Duparc (bas)
dirigent - Jean-Baptiste Rey




 
K tvorbě heroické opery Spontiniho přiměly díla Christopha Willibalda Glucka a Luigiho Cherubiniho. Libreto napsal Victor-Joseph-Étienne de Jouy podle Jean-Gaspard Dubois Fontanelle: "Éricie ou La vestale" a podle Johann Joachim Winckelmann: "Monumenti antichi inediti spiegati e illustrati". Nové jsou na hudbě z této opery náročné zpěvní partie a koncepce orchestru, jenž se orientuje na vzory Glucka a Cherubiniho, ale předčí je melodickou a harmonickou odvážností. Znatelná je také Spontiniho snaha o divadelní efekty typické pro velkou operu.
 
Napoleon I. nejdříve nezvykle mu znějící hudbu odmítal, císařovna však v prosinci roku 1807 prosadila provedení opery, které skladateli přineslo nemalý zisk a jeho dílu slávu.
 
1. dějství: Forum s atriem vestálek a s palácem Numovým. Licinius se přiznává Cinnovi, že miluje Julii, která však nevyčkala jeho návratu z války a stala se vestálkou. Oba se usnesou, že Julii unesou. I Julie touží po milenci, jemuž při slavnosti musí položit na hlavu zlatý vavřínový věnec.
 
2. dějství: Chrám Vestin. Julie bojuje mezi povinností a láskou. Licinius přichází, Julie zapomíná na věčný oheň, který uhasíná. Venku se ozývají hlasy, Cinna vyzývá milence, aby prchli. Ale je pozdě, Julie, obviněna davem ze zrady na bohyni, je uvězněna.
 
3. dějství: Tři hroby, z nichž jeden - ten, v němž má být Julie za živa pohřbena - je otevřen. Smuteční průvod se blíží. Juliin závoj je položen na oltář. Odpustí-li jí bohyně, pak pohltí nebeský oheň tkanivo. Zástup čeká, ale oheň se neobjevil. Do hrobky je dáváno lehátko, chléb a nádoba s vodou, Julie bere do ruky hořící lampu a sestupuje do hrobky. V té chvíli přispěchají Licinius  a Cinna se zástupem válečníků. Licinius se hlásí jako jediný pravý viník a chce se usmrtit. Julie popírá, že ho zná a sestupuje rychle do hrobky, která má být za ní zavřena. Vtom se zatemní nebe, zahřmí, blesk zapálí závoj na oltáři - vše zase ztichne. Toto znamení přináší Julii odpuštění - milenci slaví spoje spojení.
 
 
 
 



LIBRETO




Acte Premier.


Le théâtre représente le forum. A gauche l'atrium, ou


logement particulier des vestales, qui communique


par une colonnade au temple de Vesta; sur le même


côté et vis-à-vis l'atrium le palais de Numa et une


partie du bois sacré qui l'entoure. Le fond représente


le mont Palatin et les rives du Tibre.


On voit sur la place les préparatifs d'une fête


triomphale. Le jour commence à peine.


Scene premiere.


Licinius, Cinna.


Pendant la ritournelle, Licinius est appuyé contre


une des colonnes de l'atrium; Cinna sort du bois


sacré.


CINNA.


Prés de ce temple auguste à Vesta consacré,


Pourquoi Licinius devance-t-il l'aurore?


D'ennuis et de chagrin ton coeur est dévoré;


Confie à l'amitié ton secret qu'elle ignore.


Licinius veut s'éloigner.


Tu me fuirais en vain, j'accompagne tes pas.


LICINIUS, montrant l'atrium.


Ces murs, ces murs sur moi ne s'écrouleront pas!


Suis-je assez malheureux!


CINNA.


Toi! lorsque la victoire


A consacré ton nom au temple de mémoire;


Quand ton bras, signalé par d'immortels exploits,


De nos murs ébranlés chasse enfin les Gaulois;


Quand tu rentres vainqueur au sein de ta patrie?


LICINIUS.


Eh! que me font de vains honneurs,


De stériles lauriers, d'importunes grandeurs?


Que me fait Rome entiere, et ma gloire, et ma vie?


CINNA.


Quels voeux, Licinius, peux-tu former encor?


Ne vois-je pas déjà ta pompe triomphale,


Et sur ton front le laurier d'or


Attaché par les mains de la jeune vestale?


LICINIUS.


Que dis-tu, malheureux?


CINNA.


D'où vient que tu frémis?


Quel trouble, quel transport égarent tes esprits?


Air.


Dans le sein d'un ami fidele


Tu crains d'épancher ton secret;


Tu ne me vois plus qu'à regret:


Voilà donc le prix de mon zele!


Ta réserve à mon coeur


Serait moins importune,


Si tu me cachais ton bonheur;


Mais d'un ami dans l'infortune


Je veux partager la douleur.


LICINIUS.


Eh bien! partage donc mon crime et ma fureur;


Partage de mes feux la violence extrême,


Et dispute à Vesta sa prêtresse que j'aime.


Tu connais mon destin.


CINNA.


Tout mon sang s'est glacé


Des plus affreux malheurs je te vois menacé.


Quel démon t'inspira cette ardeur sacrilège?


LICINIUS.


Elle était pure alors. Ami, te le dirai-je?


Julia, cet objet de tendresse et d'effroi,


Par sa mere jadis fut promise à ma foi;


Mais le chef orgueilleux d'une illustre famille


Ne pouvait consentir à me donner sa fille,


Quand la gloire ignorait et ma race et mon nom?


Je volai dans les camps; ma noble ambition


Par des travaux heureux a signalé ma vie:


Vainqueur, après cinq ans je revois ma patrie,


Je m'enivre en espoir du bonheur que j'attends!


Revers cruel, affreuse destinée!


Par un pere expirant aux autels enchaînée,


Julia de l'amour a trahi les serments.


CINNA.


Que je te plains!


LICINIUS.


C'est trop peu de me plaindre.


CINNA.


Eh! qu'esperes-tu?


LICINIUS.


Rien; mais je suis las de craindre.


CINNA.


Ne t'abandonne pas à ce fatal transport;


Songe aux lois, songe aux dieux que ton amour


offense


Terrible est leur courroux, terrible est leur


vengeance.


LICINIUS.


Eh bien! je subirai mon sort.


Je connais le péril, j'ai mesuré l'abyme;


Et, pour m'arracher à mon crime,


Cinna, ton amitié ferait un vain effort.


De mes coupables feux telle est la violence,


Que des dieux même la puissance


Ne peut à mon amour opposer que ma mort.


CINNA.


J'ai montré les dangers où ta fureur s'engage;


L'amour veut les braver, l'amitié les partage.


Duo.


LICINIUS.


Quand l'amitié seconde mon courage,


De quels périls pourrais-je être alarmé?


Repousse au loin ce funeste présage;


Vois mon bonheur, Cinna; je suis aimé!


CINNA.


Puissent les dieux éloigner le présage


Oui vient saisir mon esprit alarmé!


LICINIUS.


Vois mon bonheur, Cinna; je suis aimé!


Ensemble.


Non, de ma flamme criminelle


Si de ta flamme criminelle


Rien ne peut arrêter le cours,


Cinna / O toi de tes / mes périls le compagnon


fidele,


A tes hardis projets prêtera son secours


Dans mes hardis projets prête-moi ton secours.


Unis par l'amitié d'une chaîne éternelle,


A quel autre aujourd'hui pourrais-je avoir recours.


Sur la terre à moi seul tu dois avoir recours.


CINNA.


Mais aujourd'hui du moins souffre que la prudence


Te rappelle ta gloire, et l'honneur qui t'attend:


Suis-moi; déja l'heure s'avance


Où tu dois en ces lieux revenir triomphant.


LICINIUS.


Je la verrai, voilà mon espérance.


Ils sortent.


Scene II


La Grande Vestale, Julia, Les Vestales.


Elles sortent de l'atrium, et chantent cet hymne dans


le bois sacré, avant de se rendre au temple.


Hymne du Matin.


LA GRANDE VESTALE.


Fille du ciel, éternelle Vesta,


Répands ici tes clartés immortelles;


Conserve aux mains de tes vierges fideles


Le feu divin que ton souffle alluma.


LES VESTALES.


Fille du ciel, etc.


Pendant cet hymne, Julia paraît absorbée dans la


plus profonde méditation, et n'en sort que pour


s'appliquer les menaces que cet hymne renferme


contre la prêtresse infidele.


LA GRANDE VESTALE.


Chaste déesse, à la seule innocence


Tu confias le soin de tes autels;


Les voeux impurs, les désirs criminels


N'osent soutenir ta présence.


LES VESTALES.


Fille du ciel, etc.


LA GRANDE VESTALE.


De ce lieu saint où l'univers t'adore


La vierge impie est bannie à jamais;


La flamme éteinte accuse ses forfaits;


La terre aussitôt la dévore.


LES VESTALES.


Fille du ciel, etc.


LA GRANDE VESTALE.


Prêtresses, dans ce jour, Rome victorieuse


Présenté à son héros le prix de la valeur:


C'est à vous qu'appartient l'honneur


De ceindre de lauriers sa tête glorieuse.


Vous verrez à vos pieds, sous ces arcs triomphaux,


Tout le peuple romain, et le sénat lui-même;


Vous verrez des consuls la majesté suprême


S'incliner devant vos faisceaux.


Allez au temple, et par des sacrifices


D'Astrée et de Janus faites des dieux propices.


Julia, demeurez.


Les vestales se rendent au temple par la colonnade


qui y conduit.


Scene III.


Julia, la Grande Vestale.


LA GRANDE VESTALE.


Pour la dernière fois,


Je viens de vos dangers vous présenter l'image,


De votre coeur ranimer le courage,


Et du devoir faire entendre la voix.


Vous portez à regret la chaîne qui vous lie,


Jusqu'au pied des autels vos regards éplorés


Attestent les chagrins dont votre ame est remplie:


Le culte de Vesta, ses mysteres sacrés,


Ne peuvent dissiper l'horreur qui vous assiege.


Un noir démon dans vos sens égarés


A versé le poison du desir sacrilege,


Et dérobe à vos yeux l'abyme où vous courez.


JULIA.


Qu'exigez-vous de moi? Victime infortunée


Par la force enchaînée,


J'obéis à vos lois en pleurant sur mon sort.


LA GRANDE VESTALE.


Sur la terre en est-il de plus digne d'envie?


C'est à nous que Rome confie


Du saint palladium le précieux trésor:


Les respects, les honneurs enchantent notre vie.


JULIA, à part.


Et l'erreur d'un moment nous condamne à la mort.


LA GRANDE VESTALE.


Dans une paix profonde,


Au sein du plus heureux séjour,


Nous recevons les hommages du monde,


Et nous bravons les dangers de l'amour.


JULIA.


Hélas!


LA GRANDE VESTALE.


Air.


L'Amour est un monstre barbare,


Perfide ennemi de Vesta;


C'est dans les gouffres du Ténare


Que Tisiphone l'enfanta:


Par lui, de malheurs et de crimes


Ce monde impie est inondé;


Sur des tombeaux, sur des abymes


Son trône sanglant est fondé.


L'Amour est un monstre barbare,


Perfide ennemi de Vesta;


C'est dans les gouffres du Ténare


Que Tisiphone l'enfanta.


JULIA, avec effroi.


Au nom des dieux, au nom de Vesta que j'adore,


Prêtresse, accordez-moi la grace que j'implore;


Souffrez que dans ces murs, cachée à tous les yeux,


Du triomphe sans moi la fête se dispose.


LA GRANDE VESTALE.


Rien ne peut vous soustraire aux soins religieux


Que la loi vous impose.


C'est vous qui de Vesta, dans l'ombre de la nuit,


Surveillez la flamme éternelle;


C'est à vos pieds que le vainqueur conduit


Doit recevoir la couronne immortelle.


La grande vestale entre dans le temple.


Scene IV.


JULIA, seule.


O d'un pouvoir funeste invincible ascendant!


C'en est fait, et des dieux je suis abandonnée.


Rebelle à mon amour, j'ai voulu vainement


Echapper à ma destinée:


J'ai voulu me priver du suprême bonheur


De voir à mes genoux Licinius vainqueur,


D'acquitter envers lui la dette de l'empire:


Déesse, à tes rigueurs cet effort doit suffire.


Air.


Licinius, je vais donc te revoir;


J'entendrai de ta voix la douce mélodie;


Ton regard dans mon coeur va rallumer l'espoir;


Et du moins de ma triste vie,


Que les dieux au malheur condamnent sans retour,


J'aurai pu consacrer ce moment à l'amour.


Que dis-tu, perfide vestale? ....


Où t'emporte une erreur fatale? ....


Quel nom t'échappe en ce séjour!


Grace, dieux bienfaisants!


UNE VESTALE, sur les marches du temple.


Prétresse, votre absence


Suspend le sacrifice; et déjà vers ces lieux


Du héros triomphant le char victorieux


Suit le cortege qui s'avance.


Julia entre au temple.


Scene V.


Julia, Licinius, Cinna, La Grande Vestale, Le


Souverain Pontife, Consuls, Sénateurs, Dames


Romaines, Vestales, Gladiateurs, Musiciens,


Cortege Triomphal, etc.


Le cortège s'avance sur la place de divers côtés; il


est précédé d'une foule de peuple qui remplit le fond


de la scene. Viennent ensuite les prêtres des


différents temples, à la tête desquels marchent le


grand pontife, le chef des aruspices, le sénat, les


consuls, les matrones, et les guerriers. Quand cette


premiere partie du cortege a pris place, les vestales


sortent du temple: la grande vestale porte le


palladium. En sa qualité de vestale préposée à la


garde du feu, on porte devant Julia un autel allumé.


Les vestales passent devant les troupes, qui leur


rendent les honneurs suprêmes; le peuple


s'agenouille, le sénat s'incline, les faisceaux des


consuls s'abaissent devant ceux des vestales, portés


par quatre licteurs: elles prennent place au sommet


d'une estrade élevée près de l'atrium; les consuls et


le sénat sont placés au-dessous d'elles. Le char du


triomphateur paraît; il est précédé par les


musiciens, les tibiaires, etc., et traîné par des


esclaves enchaînés. D'autres chefs ennemis


prisonniers suivent le char. Licinius est revêtu de la


robe triomphale; il tient en main le bâton de


commandant. Cinna marche à la tète des troupes.


Final.


CHOEUR GÉNÉRAL.


De lauriers couvrons les chemins;


Ornons le temple de Cybele;


Dans nos murs glorieux la paix enfin rappelle


Le vainqueur des Gaulois, le vengeur des Romains.


UN CORYPHÉE.


Le trépas ou l'esclavage


Allait être le partage


Des enfants de Romulus;


Un héros à l'aigle altiere


Rend son audace premiere:


Nos ennemis sont vaincus.


CHOEUR GÉNÉRAL.


De lauriers couvrons les chemins, etc.


GUERRIERS.


Il est l'arbitre de la guerre,


Que son nom soit honoré!


FEMMES.


Il donne la paix à la terre,


Que son nom soit adoré!


LICINIUS, sur son char.


Mars a guidé nos pas aux champs de la victoire,


Nos étendards sont triomphants;


Les Romains sont encor les enfants de la gloire,


L'honneur des nations, et l'effroi des tyrans.


Des succès que leur main dispense


Rendons grace aux dieux immortels,


Et que l'encens de la reconnaissance


Brûle sur leurs autels.


Les consuls aident Licinius à descendre de son char,


et le conduisent sous un trophée élevé sur la droite


de l'avant-scene.


CHOEUR.


Il est l'arbitre de la guerre,


Que son nom soit honoré! etc.


LA GRANDE VESTALE, à Julia.


Sur le dépôt de la flamme immortelle,


Vous qui veillez dans la nuit solennelle


Qu'annonce au monde un jour si glorieux,


Consacrez, Julia, ce laurier précieux.


Elle lui remet la couronne d'or.


LICINIUS, à part à Cinna.


Tu l'entends .... cette nuit .... Julia .... dans le


temple ...


CINNA, à part à Licinius.


Observe-toi, la foule nous contemple.


LA GRANDE VESTALE, à Julia.


Au héros des Romains remettez en ce jour


Le noble prix de la victoire,


Et que pour lui le gage de la gloire


Le soit aussi de notre amour.


JULIA prend la couronne, qu'elle passe sur le feu


sacré.


Grands dieux! soutenez ma foiblesse.


LICINIUS, à part.


C'est elle, ô transports pleins d'ivresse!


Pendant les cérémonies, auxquelles préside Julia, le


peuple chante le choeur suivant.


CHOEUR.


De Vesta chaste prêtresse,


Ornez son front radieux,


Et que nos chants d'alégresse


Portent son nom jusqu'aux cieux.


JULIA.


Pendant le choeur précédent, elle traverse la scene,


et monte sur l'estrade d'un pas chancelant. Licinius


s'agenouille devant elle. En lui mettant la couronne


sur la tête, elle chante d'une voix altérée:


Jeune héros, de la gloire


Reçois le gage en ce jour;


Monument de ta victoire,


Qu'il le soit de notre amour.


LICINIUS, à Julia. Ecoute ... Julia ... sous ces portiques


sombres ...


Ensemble.


LA GRANDE VESTALE, regardant Julia.


Son coeur est tourmenté;


Les pensers les plus sombres


Sur son front attristé


Ont répandu leurs ombres.


CINNA, à part à Licinius.


Ton regard attristé


Trahit tes pensers sombres;


Une affreuse clarté


Peut sortir de ces ombres.


LE PONTIFE, d'un ton prophétique, et les yeux fixés


sur l'autel des libations.


Au sein de la clarté,


Quelles funestes ombres!


L'autel est attristé


De feux mourants et sombres.


JULIA, avec égarement.


O moment redouté!


Sous ces portiques sombres


Mon oeil épouvanté


Ne voit plus que des ombres.


LICINIUS, bas à Julia.


Ecoute, Julia ... sous ces portiques sombres,


J'irai cette nuit même .... à la faveur des ombres,


T'arracher ....


JULIA, effrayée.


Que dis-tu?


UN CONSUL, allant à Licinius.


Magnanime héros,


La paix est en ce jour le fruit de vos conquêtes,


Jouissez dans son sein de vos nobles travaux,


Et comme à nos destins présidez à nos fêtes.


Julia va reprendre sa place auprès du feu sacré, et


Licinius entre les deux consuls. Les jeux, les danses,


les combats de luteurs et de gladiateurs se


succedent, et les vestales distribuent les prix aux


vainqueurs.


LE PONTIFE, après les jeux.


Peuple, cessez vos jeux; à Jupiter sauveur


Allons au Capitole immoler nos victimes,


Et des mains du triomphateur


Suspendre à son autel les dépouilles opimes.


Le cortege retourne au Capitole dans l'ordre où il


est arrivé.


Fin du premier acte.


Acte deuxieme.


Le théâtre représente l'intérieur du temple de Vesta,


de forme circulaire. Les murailles sont décorées de


lames de feu. Le feu sacré brûle sur un vaste autel de


marbre, au centre du sanctuaire. La vestale de garde a


un siege ménagé dans le massif de l'autel, auquel on


arrive par des gradins circulaires. Une porte de bronze


occupe le fond de la scene; d'autres portes plus petites


conduisent au logement particulier des vestales, et


dans les autres parties du temple. Le palladium est


placé sur un socle derriere l'autel.


Scene premiere.


Julia, La Grande Vestale; Les Vestales.


Hymne du Soir.


VESTALES, autour de l'autel.


Feu créateur, ame du monde,


De la vie emblème immortel,


Que ta flamme active et féconde


Brille à jamais sur cet autel.


LA GRANDE VESTALE, en remettant à Julia la


verge d'or qui sert à attiser le feu.


Du plus auguste ministere,


Le signe révéré que je mets en vos mains,


Cette nuit, Julia, vous rend dépositaire


De la faveur des Dieux et du sort des Romains.


Cette heure auguste et solennelle


Vous met en présence des dieux;


Songez qu'ils puniront un soupir infidèle,


Et que ces voûtes ont des yeux.


LES VESTALES, en sortant.


Feu créateur, ame du monde, etc.


Scene II.


Julia seule, dans l'attitude du plus profond


accablement; elle s'agenouille sur les marches de


l'autel, où elle reste un instant prosternée.


Air.


Toi que j'implore avec effroi,


Redoutable déesse,


Que ta malheureuse prêtresse


Obtienne grace devant toi.


Tu vois mes mortelles alarmes,


Mon trouble, mes combats, mes remords, ma


douleur,


Laisse-toi fléchir par mes larmes,


Etouffe ma funeste ardeur.


Elle se leve, monte sur l'autel, et attise le feu.


Sur cet autel sacré, que ma priere assiege,


Je porte en frémissant une main sacrilege.


Mon aspect odieux


Fait pâlir la flamme immortelle:


Vesta ne reçoit point mes voeux,


Et je sens que son bras me repousse loin d'elle.


Elle parcourt la scene d'un pas égaré.


Eh bien! fils de Vénus, tu le veux, je me rends!


Où vais-je? ô ciel! quel délire


S'est emparé de mes sens! ...


Un pouvoir invincible à ma perte conspire;


Il m'entraîne, il me presse .... Arrête, il en est


temps;


La mort est sous tes pas, la foudre sur ta tête ....


Avec délire.


Licinius est là, je pourrais le revoir,


L'entendre, lui parler; et la crainte m'arrête! ....


Non, je n'hésite plus; l'amour, le désespoir


Prononcent mon arrêt.


Air.


Suspendez la vengeance,


Impitoyables dieux!


Que le bienfait de sa présence


Enchante un seul moment ces lieux,


Et Julia, soumise à votre loi sévère,


Abandonne à votre colere


Le reste infortuné de ses jours odieux.


Le sort en est jeté, ma carriere est remplie:


Viens, mortel adoré, je te donne ma vie.


Elle ouvre la porte du temple, et va s'appuyer contre


l'autel.


Scene III.


Julia, Licinius.


LICINIUS, au fond.


Julia!


JULIA.


C'est sa voix.


LICINIUS.


Julia!


JULIA.


L'autel tremble!


LICINIUS.


Enfin je te revois!


JULIA.


Dans quel temps! dans quels lieux!


LICINIUS.


Le dieu qui nous rassemble


Veille autour de ces murs, et prend soin de tes


jours.


JULIA.


Je ne crains que pour toi.


LICINIUS.


Des dangers que tu cours


J'ai repoussé l'image.


Par ce terrible effort, juge de mon courage.


JULIA.


Licinius ....


LICINIUS, s'approchant.


Reçois le serment que je fais;


Je vivrai pour t'aimer, te servir, te défendre.


JULIA.


Au bonheur d'un instant je puis du moins


prétendre.


LICINIUS.


N'est-il donc point d'asile au milieu des forêts,


Sous un ciel étranger, dans quelque antre sauvage?


Dis un mot, un seul mot; d'un affreux esclavage


Je puis t'affranchir.


JULIA.


Non, jamais.


Dispose de mes jours, je te les sacrifie:


Je dois compte des tiens aux dieux, à la patrie;


Et, parmi les périls qu'il m'est doux de braver,


Ta gloire est tout pour moi, je la veux conserver.


LICINIUS.


Air.


Les dieux prendront pitié du sort qui nous accable;


Ils ont jeté sur nous un regard favorable.


Fille du ciel, idole de mon coeur,


Sois à jamais l'arbitre de ma vie;


Un seul de tes regards est pour moi le bonheur;


Va, c'est aux immortels à nous porter envie:


Que puis-je desirer auprès de Julia?


JULIA.


Auprès de celle qui t'adore,


Qui frémit de t'aimer en le jurant encore ....


LICINIUS.


Vénus un jour nous unira;


C'est elle que mon coeur atteste.


JULIA, regardant l'autel.


Eloigne-toi de cet autel funeste,


Le feu pâlit.


Julia monte sur l'autel, attise le feu. Licinius se


retire avec frayeur dans le fond.


LICINIUS.


Chaste divinité,


Dissipe un sinistre présage.


Tout mon crime, Vesta, c'est d'aimer ton image,


Et nos feux ont des tiens toute la pureté.


Ensemble.


L'amour qui brûle dans notre ame


Ne saurait être criminel;


Nous avons épuré sa flamme


En l'allumant sur ton autel.


JULIA.


La fille de Saturne entend notre priere:


De l'autel embrasé l'éclatante lumiere


Signale autour de nous la céleste faveur.


LICINIUS.


Ah! je ne doutais pas d'un pouvoir que j'adore.


Quel dieu, quand Julia l'implore,


Pourrait, en l'écoutant, conserver sa rigueur!


JULIA descend de l'autel, et s'approche de Licinius.


Au bonheur je viens de renaître;


Du passé je n'ai plus qu'un faible souvenir,


Un nuage à mes yeux s'étend sur l'avenir,


Et l'instant où je suis réunit tout mon être.


Quel trouble!


Duo.


LICINIUS.


Quels transports!


JULIA.


Je suis auprès de toi.


LICINIUS.


De tes regards mon coeur s'enivre;


Sur cet autel sacré viens recevoir ma foi.


JULIA.


A l'amour mon ame se livre;


Sur cet autel sacré viens recevoir ma foi


Ensemble.


Dans l'ivresse du bien suprême,


J'oublie et la terre et les dieux.


O douce moitié de moi-même!


Le ciel est pour moi dans tes yeux.


LICINIUS.


A l'amour mon ame se livre;


L'univers n'est plus rien pour moi.


JULIA. C'est pour toi seul que je veux vivre.


LICINIUS. Pour toi Licinius veut vivre.


JULIA ET LICINIUS. Sur cet autel sacré viens recevoir


ma foi.


Au moment où les deux amants vont pour monter à


l'autel, le feu, qui s'est affaibli par degré, s'éteint


tout-à-coup, et le théâtre n'est plus éclairé que de la


faible clarté qu'on peut supposer venir du dehors.


JULIA.


Quelle nuit!


LICINIUS.


Justes dieux!


JULIA, sur l'autel.


Ma perte est assuré:


Plus d'espoir, j'ai vécu; la flamme est expirée.


LICINIUS.


Que dis-tu?


JULIA.


C'en est fait.


LICINIUS.


Tu me glaces d'effroi.


Scene IV.


Les Mêmes, Cinna.


CINNA, se précipitant dans le temple.


Licinius!


JULIA.


Quelle voix! ....


CINNA.


Le temps presse:


Vers la premiere enceinte on entend quelque bruit;


Nous pouvons échapper dans l'ombre de la nuit;


Profitons des moments que le destin nous laisse.


LICINIUS, à Cinna.


Regarde cet autel; le feu céleste est mort,


Et tu veux que je l'abandonne!


JULIA.


Ta présence en ces murs, loin de changer mon sort,


Des horreurs du trépas sans espoir m'environne.


LICINIUS, à Julia, d'un ton égaré.


Eh bien! suis-moi .... sortons.


CINNA, l'arrêtant.


Que dis-tu, malheureux?


Tu vas creuser sa tombe.


LICINIUS.


O désespoir affreux!


Julia!


CINNA.


Quel délire!


Trio.


JULIA.


Ah! si je te suis chere,


Prends pitié de tes jours:


A ses maux étrangere,


Mon ame est tout entiere


Aux dangers que tu cours.


Au nom du saint noeud qui nous lie,


Quitte ces tristes lieux;


En t'éloignant, sauve ma vie.


LICINIUS.


Dans ce temple odieux,


Je laisserais toujours ma vie.


CINNA.


De ces funestes lieux


Eloignons-nous, je t'en supplie.


Viens.


Il le saisit.


LICINIUS.


Moi, que je la quitte!


JULIA.


Il le faut.


LICINIUS.


Je ne puis.


CINNA.


Un seul moment encore, elle meurt ....


LICINIUS, avec fureur.


À Cinna.


Je te suis.


Je n'en crois plus que mon audace.


À Julia.


Mon amour t'a perdue, il doit te protéger:


Quel que soit aujourd'hui le sort qui te menace,


Je saurai t'y soustraire ou bien le partager.


CINNA, écoutant.


Les cris du peuple se font entendre en dehors.


Des sons lointains se font entendre,


Hâtons-nous de sortir.


LICINIUS.


Dieux immortels, quel parti prendre?


CINNA.


Fuyons.


JULIA.


Fuyez.


LICINIUS.


Que vas-tu devenir?


JULIA.


Au nom de l'amour le plus tendre!


Ensemble.


Des sons lointains se font entendre,


Sortons / Sortez pour la / me défendre.


LICINIUS.


Je vais te sauver, ou mourir.


Ils sortent.


Scene V.


JULIA, seule.


Il vivra .... D'un oeil ferme


Je puis de mon destin envisager l'horreur;


Mes jours étaient comptés par la douleur,


Un instant de bonheur en a marqué le terme,


Ne les regrettons pas .... On vient. Quelles


clameurs!


Licinius! Grands dieux! s'il étoit .... Je me meurs.


Elle tombe évanouie sur les marches de l'autel.


Scene VI.


Julia, Le Souverain Pontife, Prêtres, Vestales.


Les prêtres entrent par la porte à droite, les vestales


par celle de gauche. Licinius est sorti par le fond.


Le théâtre s'éclaire.


CHOEUR DE PEUPLE, en dehors.


Les dieux demandent vengeance:


Deux sacrileges mortels


Ont souillé les saints autels


De leur indigne présence.


LE PONTIFE.


O crime! ô désespoir! ô comble des revers!


Le feu céleste éteint! .... la prêtresse expirante!


Les dieux, pour signaler leur colere éclatante,


Vont-ils dans le chaos replonger l'univers?


Des vestales s'empressent autour de Julia.


JULIA.


Eh! quoi je vis encore?


UNE VESTALE.


O fille infortunée!


LE PONTIFE.


Du temple de Vesta l'enceinte est profanée


Les dieux et le peuple d'accord


Poursuivent le forfait, réclament la victime.


Est-ce à vous d'expier le crime?


Répondez, Julia.


JULIA.


Qu'on me mene à la mort:


Je l'attends, je la veux; elle est mon espérance,


De mes longues douleurs l'affreuse récompense:


Le trépas m'affranchit de votre autorité,


Et mon supplice au moins sera ma liberté.


Prêtre de Jupiter, je confesse que j'aime.


LE PONTIFE.


Sous ces portiques saints, quel horrible blasphème!


Ainsi, du temple auguste outrageant tous les droits,


A vos voeux infidele, à vos serments parjure,


Votre coeur a trahi la plus sainte des lois.


JULIA.


Est-ce assez d'une loi pour vaincre la nature?


Final.


CHOEUR DE PRÊTRES.


Sa bouche a prononcé l'arrêt;


La mort est due à son forfait.


JULIA.


Air.


O des infortunés déesse tutélaire!


Latone, écoute ma priere;


Mon dernier voeu doit te fléchir:


Daigne, avant que j'y tombe,


Ecarter de ma tombe


Le mortel adoré pour qui je vais mourir.


LE PONTIFE.


Nommez ce mortel téméraire


Qui, de Vesta sur vous attirant la colere,


Dans l'enceinte sacrée osa porter ses pas.


Quel est son nom?


JULIA.


Vous ne le saurez pas.


LE PONTIFE.


Interprète suprême


Du céleste courroux,


Ma voix lance sur vous


Le terrible anathême.


JULIA.


Le temps finit pour moi, mes jours sont effacés;


De la mort sur mon front je sens les doigts glacés.


LE PONTIFE.


De ces lieux prêtresse adultere,


Préparez-vous à sortir pour jamais:


Allez dans le sein de la terre,


Allez au jour dérober vos forfaits.


Aux vestales.


De son front, que la honte accable,


Détachez ces bandeaux, ces voiles imposteurs,


Et livrez sa tête coupable


Aux mains sanglantes des licteurs.


On dépouille Julia de ses ornements de vestale,


qu'on lui donne à baiser.


CHOEUR GÉNÉRAL.


De son front que la honte accable


Détachons / Détachez ces bandeaux, ces voiles


imposteurs,


Et livrons / livrez sa tête coupable


Aux mains sanglantes des licteurs.


Le grand Pontife jette un voile noir sur la tête de


Julia, qui sort escortée des licteurs, par la porte du


fond; les vestales et les prêtres sortent par les portes


latérales.


Fin du deuxieme acte.


Acte troisieme.


Le théâtre représente le champ d'exécration, borné à


gauche par la porte Colline et les remparts de Rome;


à droite par le cirque de Flore et le temple de Vénus


Ericine. On voit au fond le mont Quirinal, au sommet


duquel s'éleve le temple de la Fortune. Sur la porte du


champ on lit Sceleratus ager. On remarque sur la


scene trois tombes de forme pyramidale: deux sont


fermées d'une pierre noire, sur laquelle on lit en lettres


d'or le nom de la vestale qu'elle renferme, et le


millésime de sa mort. La troisième, destinée à Julia,


est ouverte; un escalier conduit dans l'intérieur.


Scene premiere.


LICINIUS, seul et dans le plus grand désordre.


Qu'ai-je vu! quels apprêts! quel spectacle


d'horreur!


Mon ame s'abandonne à toute sa fureur.


Un aveugle transport me guide,


La terre frémit sous mes pas.


Allant vers la tombe ouverte.


Le voilà ce gouffre homicide


Qui doit dévorer tant d'appas!


Air.


Julia va mourir! .... Non, non, je vis encore,


Je vis pour défendre ses jours;


Contre des dieux cruels qu'en vain le faible


implore,


L'amour, le désespoir me prêtent leur secours.


20.419 Spontini: La vestale Spontini-Vestale-O, 33


Scene II.


Licinius, Cinna.


LICINIUS.


Cinna, que fait l'armée?


CINNA.


Il n'en faut rien attendre.


On gémit, on te plaint, on n'ose te défendre.


LICINIUS.


Les lâches!


CINNA.


Tout le camp semble glacé d'effroi.


Mais pour mourir auprès de toi,


Je t'amene à ma suite


De guerriers et d'amis une troupe d'élite;


Rassemblés en secret sur le mont Quirinal,


De ton ordre avec eux j'attendrai le signal.


LICINIUS.


O digne ami!


LICINIUS.


Compte sur mon courage.


Des dangers près de toi j'ai fait l'apprentissage.


Air.


Ce n'est plus le temps d'écouter


Les vains conseils de la prudence:


Mon bras, tu n'en saurais douter,


S'arme toujours pour ta défense.


Les dieux peuvent sur nous


Appesantir leur main puissante;


Mais tout l'effort de leur courroux


N'a rien dont mon coeur s'épouvante.


Il n'est pas au pouvoir du sort


De rompre le noeud qui nous lie,


Et le jour témoin de ta mort


Verra le terme de ma vie.


Mais avant de tenter un combat inégal,


Du pontife suprême invoque la puissance.


LICINIUS.


De ce prêtre cruel l'aveuglement fatal


A de mon triste coeur banni toute espérance.


CINNA.


Seul, il peut, détournant la colere des dieux,


Arracher la vestale au sort qu'on lui destine.


LICINIUS.


Il doit se rendre ici.


CINNA.


De la porte Colline


Je le vois s'avancer dans ces funestes lieux;


Je te laisse avec lui.


Il sort.


Scene III.


Licinius, Le Souverain Pontife, Le Chef des


Aruspices.


LICINIUS.


D'un sacrifice affreux


L'appareil se prépare:


Victime d'une loi barbare,


La beauté, la jeunesse est livrée aux bourreaux,


Et vivante descend dans la nuit des tombeaux.


LE PONTIFE.


Tel est l'ordre des dieux.


LICINIUS.


Cependant leur clémence


Peut laisser à ta voix désarmer leur vengeance.


Je viens pour Julia réclamer ton appui.


LE PONTIFE.


Quoses-tu demander, quand l'état aujourd'hui,


Quand le salut de Rome exige une victime?


LICINIUS.


Le salut des états ne dépend pas d'un crime.


LE PONTIFE.


Ces tristes monuments te disent que jamais


Vesta n'a pardonné de semblables forfaits.


LICINIUS.


Romulus en naissant bravait ta loi fatale;


Mars lui donna le jour au sein d une vestale.


LE PONTIFE.


Julia doit mourir.


LICINIUS.


Elle ne mourra pas.


LE PONTIFE.


Les dieux demandent son trépas:


Qui pourrait s'opposer à leur ordre suprême?


Qui pourrait à leurs coups la soustraire?


LICINIUS.


Moi-même.


LE PONTIFE.


Téméraire, quel crime oses-tu concevoir?


LICINIUS.


Connais-moi tout entier, connais mon seul espoir.


Je suis sou amant, son complice;


Et je dois l'arracher ou la suivre au supplice.


LE PONTIFE.


Tu périras sans la sauver:


Contre un pouvoir divin, que tu prétends braver,


Ta gloire est une arme frivole.


La roche Tarpéienne est près du Capitole.


Duo.


LICINIUS.


C'est à toi de trembler:


Dans ma juste colere,


Mon bras peut ébranler


Ton autel sanguinaire.


LE PONTIFE.


C'est à toi de trembler;


Le ciel a son tonnerre.


LICINIUS.


Si Julia périt, redoute mes transports.


LE PONTIFE.


Les dieux arrêteront tes criminels efforts.


LICINIUS.


J'ai des amis que ma fureur anime:


Nous couvrirons ces champs de morts,


Et nous sauverons la victime.


LE PONTIFE.


Tremble, tremble, tes vains efforts


Ne sauveront pas la victime.


Ensemble.


LICINIUS.


C'est à toi de trembler.


Dans ma juste colere,


Mon bras peut ébranler


Ton autel sanguinaire.


Si Julia périt, redoute mes transports:


Je veux qu'un horrible hécatombe


Signale ces moments affreux,


Et j'immolerai sur sa tombe


Toi, tes prêtres cruels, et moi-même après eux.


LE PONTIFE.


C'est à toi de trembler:


Ta fureur téméraire


Ne saurait m'ébranler;


Le ciel a son tonnerre.


Les dieux arrêteront tes criminel efforts:


Ils ont accepté l'hécatombe;


Et, pour satisfaire à tes voeux


Bientôt ici sur cette tombe


Tes amis périront, et toi-même avec eux.


Licinius sort.


Scene IV.


Le Souverain Pontife, L'aruspice.


L'ARUSPICE.


Différons, croyez-moi, l'instant du sacrifice.


Il est puissant, vainqueur ....


LE PONTIFE.


Vénérable aruspice,


Reposez-vous sur moi du soin religieux


D'arrêter les efforts d'un jeune furieux.


L'ARUSPICE. Du peuple et des soldats si la foule


égarée ....


LE PONTIFE.


De nos divins autels la gloire est assurée.


Suivons notre devoir, et laissons faire aux dieux.


Scene V.


Julia, La Grande Vestale, Les Précédents, Peuple,


Prêtres, Soldats, Dames Romaines, Jeunes Filles,


Vestales, Consuls, etc.


Julia, conduite par des licteurs, est entourée par ses


parents el par un choeur de jeunes filles. On porte


devant elle un autel éteint. Les vestales portent les


ornements de la vestale condamnée.


CHOEUR DE PEUPLE, pendant la marche du cortege.


Périsse la vestale impie


Objet de la haine des dieux;


Que son trépas expie


Son forfait odieux!


CHOEUR DE JEUNES FILLES ET DE VESTALES.


Tant de jeunesse, tant de charmes


Vont périr au sein des douleurs.


Dieux cléments! pardonnez les larmes


Que nous arrachent ses malheurs.


JULIA


Aux vestales


A la grande vestale.


Adieu, mes tendres soeurs. O vous que je révere,


Du ciel en ma faveur désarmez le courroux;


A mes derniers moments tenez-moi lieu de mere;


Bénissez votre fille embrassant vos genoux.


Elle tombe à ses pieds.


LA GRANDE VESTALE.


Ah! je le sens, pour toi j'ai le coeur d'une mere,


Et je bénis ma fille embrassant mes genoux.


JULIA.


Plus heureuse, à présent, je puis quitter la terre.


Après ce mouvement, les licteurs séparent Julia de


ses compagnes.


LE PONTIFE, auprès de l'autel de Jupiter, où il fait


des libations.


De Jupiter auguste soeur,


Vesta, déesse protectrice,


Ecoute nos chants de douleur,


Et que le sacrifice


Qu'exige ta justice


Soit le garant de ta faveur.


CHOEUR GÉNÉRAL.


Ecoute nos chants de douleur, etc.


JULIA, sur le devant.


Le désespoir, la honte, un supplice effroyable,


Dieux immortels, voilà mon sort!


Du sein de ces tombeaux quelle voix lamentable


M'appelle au séjour de la mort?


CHOEUR GÉNÉRAL.


Périsse la vestale impie,


Objet de la haine des dieux, etc.


JULIA.


Un peuple entier demande que j'expire,


Et presse les tourments qui me sont destinés;


Ma mort importe au salut d'un empire;


Eteignons sans regrets mes jours infortunés.


Air.


Toi que je laisse sur la terre,


Mortel que je n'ose nommer,


Tout mon crime fut de t'aimer,


Et la mort ne peut m'y soustraire.


Hélas! dans ces moments d'horreur,


Autour de mon tombeau quand mon ame est


errante,


De mon fatal amour la flamme dévorante


Brûle encor au fond de mon coeur.


Des dieux la justice offensée


En vain s'éleve contre moi;


Je t'adresse, en mourant, ma derniere pensée,


Et mon dernier soupir s'exhale encor vers toi.


Pendant cet air, on fait les préparatifs du supplice:


on descend dans la tombe un lit, un vase de lait, etc.


CHOEUR DE FEMMES.


Tant de jeunesse, tant de charmes,


Vont périr au sein des douleurs, etc.


LE PONTIFE.


Dieux de cet empire,


Par un forfait outragés,


Que votre courroux expire;


Vous allez être vengés.


Aux vestales.


Sur l'autel profané de la chaste déesse


Que le voile de la prêtresse


Soit suspendu dans ce moment;


Et si Vesta pardonne à son erreur funeste,


Aussitôt la flamme céleste


Va consumer l'indigne vêtement.


Les vestales vont placer la robe sur l'autel; tous les


yeux y restent fixés.


CHOEUR DE FEMMES.


Vesta, nous t'implorons pour la vierge coupable;


Fais briller à nos yeux ta clarté secourable.


Il se fait un long silence.


LE PONTIFE, remettant à Julia une lampe allumée.


Les dieux ont prononcé ton juste châtiment,


La mort doit expier le crime.


Licteurs, dans son tombeau descendez la victime.


JULIA, sur les marches du souterrain.


Adieu .... tout! ...


20.431 Spontini: La vestale Spontini-Vestale-O, 42


Scene derniere.


Les Mêmes, Licinius, Cinna, Soldats.


Ils se précipitent du mont Quirinal.


LICINIUS.


Arrêtez, ministres de la mort!


JULIA, appuyée sur la balustrade qui entoure sa


tombe, une partie du corps en terre.


C'est sa voix!


LICINIUS.


Vous allez immoler l'innocence.


C'est moi qui de Vesta mérite la vengeance:


Je suis seul criminel, ordonnez de mon sort.


CHOEUR.


Licinius! ô dieux!


LICINIUS.


C'est moi de qui l'audace


Secondant un aveugle amour,


De Vesta, dans la nuit, profana le séjour:


La prêtresse qu'ici votre courroux menace,


Julia, n'eut point part au crime de mes feux.


Qu'elle vive, et mon sang va couler à vos yeux.


Il appuie un glaive sur sa poitrine.


JULIA.


Le courage toujours à la pitié s'allie:


Pour suspendre ma mort, il brave le trépas;


Mais à ma faute en vain ce héros s'associe;


Il vous trompe, Romains; je ne le connais pas.


LICINIUS, avec fureur.


Tu ne me connais pas!


CHOEUR DE PRÊTRES.


Le forfait les rassemble;


Qu'ils périssent ensemble.


CHOEUR DE GUERRIERS.


C'est un héros, c'est notre appui.


Avant que du vengeur de Rome


La perte à nos yeux se consomme,


Nous périrons tous avec lui.


CHOEUR DE PRÊTRES ET DE PEUPLE.


Le forfait les rassemble;


Qu'ils périssent ensemble.


LE PONTIFE, au peuple. Romains, de vos autels


soyez les défenseurs.


LICINIUS, aux siens. De l'innocence, amis, soyez les


protecteurs.


CHOEUR DE PRÊTRES.


Qu'elle meure!


LICINIUS.


Tremblez!


JULIA.


De cette lutte impie


Prévenons les dangers en terminant ma vie.


Elle descend dans le souterrain, dont les licteurs


ferment aussitôt l'ouverture. Au même moment le


peuple et les soldats qui tiennent pour le


grand-prêtre se rangent devant l'entrée du


souterrain, et se préparent à recevoir les soldats de


Licinius.


LICINIUS, aux siens.


Suivez-moi, compagnons.


Au moment où l'on se prépare à en venir aux mains,


le ciel s'obscurcit tout-à-coup; la foudre gronde


avec fracas; la scene n'est plus éclairée que du feu


des éclairs.


CHOEUR GÉNÉRAL.


O terreur! ô disgrâce!


La nuit couvre ces lieux;


La foudre nous menace:


Est-ce justice ou grace


Que vont faire les dieux?


Effroyables tempêtes!


L'air brûlant sur nos tètes


Roule en torrents de feux.


O terreur! ô disgrace, etc.


Les soldats, qui ne se voient plus, et qui sont glacés


d'effroi, se mêlent sans combattre. Licinius et Cinna


descendent dans la tombe, et à la fin de la derniere


partie du choeur, le fond du théâtre s'ouvre dans sa


partie élevée, et laisse voir un volcan de feu d'où la


foudre s'échappe et vient embraser sur l'autel la


robe de la prêtresse. Le feu reste allumé.


LE PONTIFE.


Soldats, peuple, arrêtez!


Quel ravissant spectacle!


Le ciel, par un miracle,


Manifeste ses volontés.


Licinius et Cinna ont ramené sur le devant de la


scene Julia évanouie; elle reprend insensiblement


ses esprits.


Voyez sur cet autel la flamme étincelante.


LICINIUS ET CINNA.


O ciel!


JULIA,


Où suis-je? et qu'est-ce que je vois?


LE PONTIFE.


Une déesse bienfaisante,


Révoque en ce moment ses rigoureuses lois;


Mars a désarmé sa colere,


Et Vesta d'une chaîne austere


Délivre sa prêtresse, et couronne ton choix.


JULIA ET LICINIUS.


Qu'entends-je? quel espoir!


LE PONTIFE.


Sa puissance divine


Vous dérobe l'aspect de ces funestes lieux:


Le temple du pardon va s'ouvrir à vos yeux;


Adorez Vénus Erycine.


Le pontife s'éloigne, et les vestales sortent avec lui,


emportant le feu sacré.


Le théâtre change, et représente le cirque de Flore


et le temple de Vénus Erycine.


PRÊTRESSESDE VÉNUS.


Mortels, renaissez au bonheur;


Parez-vous des fleurs les plus belles:


Vénus de deux amants fideles


En ce jour couronne l'ardeur.


JULIA.


O clémence infinie!


Le flambeau de mes jours vient de se rallumer;


Je reçois de l'amour nue nouvelle vie,


À Licinius.


Et je la reçois pour t'aimer.


LES PRÊTRESSES DE VÉNUS, conduisant Julia à


l'autel.


Amante fortunée,


Consacrez vos serments aux autels d'Hyménée.


JULIA, à Licinius.


Duo du deuxieme acte.


Sur cet autel sacré, viens recevoir ma foi.


LICINIUS.


De tes regards mon coeur s'enivre;


L'univers est changé pour moi.


JULIA.


C'est pour toi seul que je veux vivre;


Ensemble.


Sur cet autel sacré, viens recevoir ma foi.


CHOEUR FINAL.


L'espoir est rentré dans notre ame;


Nos prieres, nos pleurs ont appaisé les dieux:


Vesta sur son autel a rallumé la flamme


Qu'elle conserve dans les cieux.


La piece se termine par des jeux et des danses


analogues an culte de Vénus Erycine, dans


lesquelles on célebre l'hymen de Licinius et de Julia.


Fin.

 
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